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Quand Hillary Clinton fait les yeux doux aux classes moyennes

Hillary Clinton a dévoilé jeudi après-midi à Warren (Michigan) les grandes lignes de son programme économique. Sur fond de critiques récurrentes de son opposant à la Maison Blanche, Donald Trump, l’ex-première dame a essayé de séduire l’électorat tenté par son opposant.

Quand Hillary Clinton fait les yeux doux aux classes moyennes
La candidate démocrate s’est montrée incisive envers Trump lors de son meeting à Warren (Michigan), jeudi 11 août. (Crédits : Reuters)

Elle l’avait déjà laissé entendre le 28 juillet dernier lors de son investiture à Philadelphie en promettant une “économie qui apporte quelque chose à chacun“. Jeudi, dans un discours présentant son programme économique, la candidate à la Maison Blanche l’a confirmé : l’opération séduction des classes moyennes a bien débuté.

Chasser sur les terres de Donald Trump

Tout était minutieusement préparé pour que Hillary Clinton se fasse le chantre de cette Amérique profonde et besogneuse, loin, bien loin, de l’American Dream qui lui avait été promis et dont Donald Trump s’enorgueillit aujourd’hui d’être le porte-parole. D’abord une visite des ateliers de la Futuramic Tool and Engineering, entreprise spécialisée dans l’industrie militaire, symbole du savoir-faire américain. Suivi d’un discours une dizaine de mètres plus loin dans cet Etat du Michigan durement touché par la désindustrialisation. Et au bout de quelques minutes une candidate qui se présente comme “le produit de la classe moyenne“, relatant la vie ouvrière de son grand-père et vantant l’abnégation de son père entrepreneur.

Hillary Clinton n’a pas caché ses ambitions hier. Celle qui rallie sur son nom la grande majorité des élites et populations urbaines (même républicaines) doit désormais s’efforcer de convaincre une Amérique des laissés-pour-compte qui a fait le succès de Donald Trump lors de la primaire républicaine. L’actuelle secrétaire d’Etat a donc exposé hier un vaste programme économique qui bénéficierait aux classes moyennes et populaires selon quatre axes principaux.

Un plan pour l’emploi extrêmement ambitieux

Hillary Clinton fait de l’emploi sa priorité. A travers un plan qu’elle qualifie elle-même comme étant le “plus gros investissement jamais réalisé dans le secteur de l’emploi depuis la seconde guerre mondiale“, l’ex-première dame se placerait presque comme l’héritière du New Deal de Roosevelt.

Hillary Clinton souhaite d’abord créer une infrastructure bancaire dotée de 25 milliards de dollars destinée à soutenir le secteur industriel américain, en partenariat avec la recherche scientifique, et 10 milliards alloués à une plateforme nommée “Make it in America Partnership”. L’objectif est ici de valoriser le savoir-faire américain afin de créer de l’emploi dans des industries qui ont subi de plein fouet la crise et la concurrence internationale. La candidate prévoit aussi de mettre en place un certain nombre de crédits d’impôts pour les petites entreprises afin de les aider dans leur croissance.

“Laissons faire les entrepreneurs ce qu’ils savent faire de mieux : innover”, a commenté Hillary Clinton pour appuyer son propos sur la réindustrialisation.

Enfin, dans un ultime appel du pied aux classes moyennes, la candidate démocrate s’est plaint d’un marché du travail inaccessible aux non-diplômées alors même que nombre d’emplois ne nécessitent pas de qualifications avancées. Elle a donc promis de nouveaux crédits d’impôt de l’ordre de 1.500$ par employé pour les entreprises embauchant et formant des apprentis et des stagiaires à la sortie de l’école.

La secrétaire d’Etat n’a pas manqué de rappeler que selon une analyse de Mark Znadi, économiste chez Moody’s, ce plan créerait 321.000 emplois dans le Michigan et 10,4 millions au niveau national d’ici 2020, contre une perte de 3,4 millions d’emplois si le plan de Trump était appliqué.

Lire aussi : Trump se “Reaganise” à Detroit

Permettre une meilleure justice sociale

Sur le plan du social, Hillary Clinton ne s’est pas véritablement détachée des grandes chimères du Parti démocrate américain. Elle a d’abord dénoncé les inégalités encore trop nombreuses qui selon elle forment un véritable plafond de verre et bloquent l’ascenseur social. La candidate souhaite donc voir le salaire horaire minimum fédéral s’élever à 12 dollars et veut protéger le système de sécurité sociale qu’a introduit Obamacare (et que Donald Trump veut effacer).

L’ex-première dame a aussi assuré, sans plus de précision, qu’elle lancerait un plan pour rendre gratuit l’accès aux études supérieures et faciliter le refinancement de la dette étudiante qui atteint aujourd’hui des sommets aux Etats-Unis. Enfin, elle a plaidé pour un vaste programme de régularisation des immigrants illégaux aux Etats-Unis qui créerait selon elle 700 milliards de dollars de revenus sur 10 ans et mettrait fin à l’exploitation qu’ils subissent au travail .

Des promesses assez peu nouvelles et qui n’ont donc eu pour seul intérêt que de se différencier de Donald Trump, ce que la candidate démocrate a cherché à faire tout au long de son discours.

Un programme fiscal placé à gauche

Hillary Clinton a même été jusqu’à présenter son programme fiscal selon une parfaite opposition aux mesures proposées par le candidat républicain. A l’inverse de Donald Trump, la candidate appuie principalement son programme de relance économique sur une palette de hausse des impôts s’appliquant surtout aux plus riches, avec notamment un plafond maximum d’imposition sur le revenu de 45% contre 39% aujourd’hui. Selon l’institut américain Tax Foundation, ces mesures creuseront de 1% le PIB sur le long terme et réduiront les salaires de 0,8%. Mais elles généreraient aussi 198 milliards de revenus pour l’Etat fédéral américain.

La secrétaire d’Etat a par ailleurs insisté sur sa volonté d’une imposition juste pour tout le monde, pointant du doigt les propositions fiscales de son concurrent qui selon elle sont à l’avantage des plus riches. Elle a notamment dénoncé ce qu’elle appelle “la niche Trump” (the “Trump loophole”, en anglais), une astuce fiscale du programme républicain révélée par Josh Barro : en appliquant le même taux d’imposition de 15% sur les revenus issus de l’emploi salarié et sur ceux issus de l’activité économique annexe, Trump favoriserait grandement les plus riches. En effet chez les 5,6 millions de personnes gagnant plus de 1 million de dollars par an aux Etats-Unis, seulement 23% de leurs revenus en moyenne sont issus de leurs salaires (taxé au taux de 33% proposé par Trump) contre 68% provenant d’autres sources d’activités (taxé au taux de 15% donc). Une nouvelle forme de “niche fiscale” que Hillary Clinton n’a pas manqué d’utiliser pour qualifier Trump de businessman finalement bien plus préoccupé par les profits des élites financières que par les classes moyennes.

Par opposition, la candidate démocrate a rappelé son attachement à la “Buffett rule”, du nom du milliardaire américain Warren Buffet. Un projet de taxation lancé sous Obama qui obligerait les personnes gagnant annuellement plus de 1 million de dollars à payer un impôt sur le revenu de 30% au minimum pour éviter les dérives actuelles (au gré des niches et des exemptions, le taux d’imposition sur les plus riches américains est parfois inférieur à celui s’appliquant sur les classes moyennes).

Une politique commerciale aux allures protectionnistes

Une fois n’est pas coutume, Hillary Clinton s’est avérée assez proche de Donald Trump sur le domaine du commerce extérieur. Bien que moins virulente dans ses propos, la candidate démocrate a affirmé son opposition au libre-échange en cas de non-coopération de l’autre partie et a exprimé une profonde méfiance vis-à-vis des accords commerciaux multilatéraux.

 “Le commerce doit aller dans nos intérêts et non pas contre nos intérêts”, a tenu à rappeler Hillary Clinton.

Mais si elle s’est efforcée de distinguer le protectionnisme “apeuré” de Donald Trump de son protectionnisme de “force”, une similitude est bien présente : les deux candidats s’accordent sur un refus mutuel du TTIP (Partenariat Transatlantique de Commerce et d’Investissement). A noter cependant que Hillary Clinton n’en est pas à sa première pirouette au sujet du libre-échange : alors qu’en 2008, lors de la campagne présidentielle, elle s’était dite défavorable à des accords avec la Colombie et la Corée du Sud, elle avait ensuite œuvré pour leur mise en place une fois secrétaire d’Etat.

Hillary Clinton s’est donc employée à marquer la différence avec son candidat républicain lors de ce discours tout en cherchant à siphonner son électorat potentiel. Son programme économique a clairement pour objectif de montrer qu’elle est la meilleure candidate pour la classe moyenne. Elle doit maintenant profiter de cette confrontation particulière pour devenir la candidate au-dessus des partis, ce qui lui ouvrirait les portes de la Maison Blanche.

Revoir le discours de Hillary Clinton sur Youtube

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